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Wednesday, October 01, 2008

Ici un entretien a blog paranormal re Du cerveau à Dieu - plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme

Oui, Ici:

Entretien avec Denyse O’Leary, coauteure du livre «Du cerveau à Dieu» (avec Mario Beauregard)

Rédigé par JC le 27 septembre 2008 — Publié dans Paranormal, Parapsychologie

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas publié d’entretien sur ce blog. Aussi, quand j’ai appris la sortie du livre Du cerveau à Dieu - plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme (Guy Trédaniel Éditeur, 2008), je me suis dit que ce serait une bonne occasion d’avoir un entretien sur un sujet autre que les ovnis ou l’ufologie.

J’ai donc contacté Denyse O’Leary, qui a coécrit ce livre avec Mario Beauregard, et elle a gentiment accepté de répondre à quelques-unes de mes questions. Si le nom de Mario Beauregard vous dit quelque chose, c’est peut-être parce que vous en avez entendu parler lors de la publication des résultats de ses travaux sur les soeurs carmélites en 2006. Pour rappel, l’activité cérébrale des nonnes était examinée au scanneur pendant qu’elles tentaient de revivre une expérience mystique. À l’époque, j’avais d’ailleurs écrit un billet sur ce sujet: L’expérience mystique examinée au scanneur.

Exemple:
D’aucuns diront qu’un scientifique qui présente un «plaidoyer pour l’existence de l’âme» est un exercice périlleux. Comme l’existence d’un esprit immatériel se retrouve à la base de presque toutes les doctrines ésotériques, certains gourous de sectes et d’autres charlatans pourraient exploiter le fait que cette hypothèse semble désormais prouvée scientifiquement pour crédibiliser leurs théories et attirer davantage de membres ou de clients. Redoutez-vous ce type de conséquences?

Denyse O’Leary: Si quelqu’un voulait utiliser notre travail pour faire la promotion d’une secte dangereuse ou démentielle, je suis persuadée que Mario serait le premier à désapprouver un tel usage et je serais la seconde. (Il est plus jeune, plus gros et peut probablement se déplacer plus rapidement que moi; c’est la seule raison qui justifie l’ordre indiqué dans ma réponse.)

En définitive, soit il existe une dimension immatérielle dans l’être humain, soit il n’y a rien d’autre. Si elle existe, alors les gens peuvent utiliser cette information pour le bien ou pour le mal.

Si la question est de savoir s’il faut diffuser les connaissances à propos de la nature humaine, je pense qu’il est préférable de le faire, et cela avec des restrictions sur la façon d’utiliser au mieux ces informations. Vous constaterez que c’est ce que nous avons fait dans le livre Du cerveau à Dieu. Nous n’utilisons aucune forme de sensationnalisme. Donc, si un lecteur trouve quelque chose dans le livre lui semble remarquable, c’est seulement parce que, habituellement, les médias populaires ne rendent pas ces informations disponibles et non pas parce que les informations proviennent de sources douteuses.
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Tuesday, August 26, 2008

Du cerveau à Dieu : Introduction (en francais)

Du cerveau à Dieu (Guy Trédaniel Éditeur, 2008) :

1. Nous ne sommes pas des matérialistes, ...

2. Le cerveau n’est pas l’esprit

3. Les approches non-matérialistes ont clairement démontré leur intérêt dans le domaine de la santé mentale.

4. Comment pouvons-nous étudier scientifiquement la spiritualité ?

Prochaine : 1. Nous ne sommes pas des matérialistes, ...

Note: The English language version is here.

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1. "Nous ne sommes pas des matérialistes, ... "

Quand mon étudiant de doctorat Vincent Paquette et moi-même avons commencé à étudier les expériences spirituelles de soeurs carmélites à l’université de Montréal, nous savions que nos motivations allaient très probablement être mal comprises.

D’abord nous avons dû convaincre les soeurs que nous n’allions pas chercher à prouver que leurs expériences religieuses ne sont pas réelles, qu’elles sont des illusions, ou qu’elles s’expliquent par un artéfact dans le cerveau. Ensuite nous avons dû calmer à la fois les espoirs des athées professionnels et les craintes du clergé quant à la possibilité que nous allions chercher à réduire ces expériences à une sorte « d’interrupteur de Dieu » dans le cerveau.

C’est précisément ce que veulent faire de nombreux neuroscientifiques. Mais Vincent et moi appartenons à une minorité – les neuroscientifiques non-matérialistes. La plupart des scientifiques aujourd’hui sont des matérialistes qui pensent que le monde physique est la seule réalité. Absolument tout le reste – y compris les pensées, les sentiments, l’esprit, et la volonté – peut être expliqué en termes de matière et de phénomènes physiques, ne laissant aucune place au fait que la religion et les expériences spirituelles puissent être autre chose que des illusions. Les matérialistes sont comme le personnage de Charles Dickens, Ebeneezer Scrooge, qui rejette son expérience du fantôme de Marley comme « une tranche de boeuf mal digérée, une demi-cuillerée de moutarde, un morceau de fromage, un fragment de pomme de terre mal cuite ».
Vincent et moi, au contraire, n’avons pas entamé nos recherches avec de tels présupposés matérialistes. Et puisque nous ne sommes pas des matérialistes, nous n’avons pas douté a priori qu’une personne contemplative puisse entrer en contact avec une réalité extérieure à elle-même au cours d’une expérience mystique. En fait, les neurosciences m’ont attiré en partie parce que je savais d’expérience que de telles choses peuvent réellement se produire. Vincent et moi voulions seulement savoir quels pouvaient être les corrélats neuraux – l’activité des neurones – au cours d’une telle expérience.

Compte tenu de l’immense domination du matérialisme dans les neurosciences contemporaines, nous avons eu de la chance que les soeurs aient cru à notre sincérité et aient accepté de nous aider, puis que la Fondation Templeton ait vu l’intérêt de soutenir nos recherches. Bien sûr, on peut nous demander si les études neuroscientifiques sur des nonnes contemplatives peuvent démontrer l’existence de Dieu. Non, mais elles peuvent démontrer – et elles l’ont fait –, que l’état de conscience mystique est une réalité. Dans cet état, le contemplatif fait semble-t-il
l’expérience d’aspects de la réalité qui ne sont pas accessibles à partir d’autres états. Ces découvertes excluent plusieurs thèses matérialistes selon lesquelles le contemplatif simule ou enjolive l’expérience. Vincent et moi avons aussi montré que les expériences mystiques sont complexes – une découverte qui contredit la grande variété d’explications matérialistes simplistes, telles qu’un « gène de Dieu », un « point de Dieu », ou un « interrupteur de Dieu » dans nos cerveaux.

Denyse O’Leary, qui est journaliste, et moi-même avons écrit ce livre pour réfléchir au sens de ces études, et plus généralement pour proposer une approche neuroscientifique de la connaissance des expériences religieuses, spirituelles et mystiques. Aujourd’hui les neurosciences sont matérialistes. C’est-à-dire qu’elles supposent que l’esprit se réduit tout simplement au mécanisme physique du cerveau. Pour comprendre ce que cela veut dire, considérons cette simple phrase : « Cela m’est venu à l’esprit. » Personne ne dirait : « Cela m’est venu au cerveau. » Par contraste, on pourrait dire « il faut protéger le cerveau en cas de choc », et non « il faut protéger l’esprit en cas de choc ».

Prochaine : 2. Le cerveau n’est pas l’esprit

Note 2: The English language version starts here.

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2. Le cerveau n’est pas l’esprit

Mais les matérialistes pensent que la distinction que l’on fait entre son esprit, en tant qu’entité immatérielle, et son cerveau, en tant qu’organe corporel, n’a pas de véritable fondement. L’esprit est supposé être une simple illusion générée par les mécanismes du cerveau. Certains matérialistes pensent que nous ne devrions même pas utiliser une terminologie qui suggère que notre esprit existe. Dans ce livre, nous avons l’intention de montrer que votre esprit existe bel et bien, qu’il n’est pas identique à votre cerveau. Vos pensées et vos sentiments ne peuvent pas être écartés ou réduits à des décharges de synapses et d’autres phénomènes purement physiques. Dans un monde exclusivement matériel, le « pouvoir de la pensée » ou de « l’esprit sur la matière » sont des illusions, le but ou le sens n’existent pas, et il n’y a aucune place pour Dieu. Pourtant de nombreuses personnes vivent de telles expériences, et nous apportons des données suggérant que ces expériences sont réelles.

Par contraste, de nombreux matérialistes estiment désormais que des notions comme le sens ou le but ne correspondent pas à la réalité ; elles sont de simples adaptations favorables à la survie de l’être humain. En d’autres termes, elles n’ont pas d’existence au-delà de l’évolution de circuits neuronaux dans nos cerveaux. Ainsi que le co-découvreur du code génétique Francis Crick l’écrit dans L’hypothèse stupéfiante : «Après tout, nos cerveaux hautement développés n’ont pas évolué sous la pression de devoir découvrir des vérités scientifiques, mais seulement de nous permettre d’être assez intelligents pour survivre et laisser des descendants. » Mais les questions sur le sens et le but sont-elles de simples mécanismes de survie ? Si un tel dédain pour une vie intellectuelle qui couvre des milliers d’années semble si peu convaincant, c’est peut-être pour une bonne raison. Supposons, par exemple, qu’un homme en bonne santé donne en échange de rien un de ses reins à un étranger mourant. Le matérialiste va rechercher chez les taupes, les rats ou les chimpanzés une analogie qui sera le meilleur moyen de comprendre les motivations du donneur.

Il pense que l’état d’esprit du donneur peut être expliqué en totalité par l’hypothèse selon laquelle son cerveau a évolué lentement et avec difficultés à partir du cerveau de créatures comme celles-là. Par conséquent, son esprit n’est qu’une illusion créée par les mécanismes d’uncerveau surdéveloppé, et sa conscience de sa propre situation n’est finalement pas significative pour rendre compte de ses actions.

Ce livre prétend que même si le cerveau humain évolue, cela n’implique pas que l’on puisse écarter l’esprit humain de cette façon. Mais plutôt que le cerveau humain rend possible un esprit humain, là où le cerveau de la taupe ne le peut pas (avec mes excuses à l’espèce des taupes). Toutefois, le cerveau n’est pas l’esprit ; c’est un organe adapté pour connecter un esprit au reste de l’univers. Par analogie, l’épreuve de natation des Jeux olympiques requiert une piscine de niveau olympique. Mais la piscine ne crée pas l’événement olympique ; elle le rend possible en un endroit donné.

Selon la perspective matérialiste, notre conscience humaine et notre libre arbitre sont des problèmes qu’il faut « réduire ». Pour comprendre ce que cela veut dire, considérons ce commentaire sur la conscience par Steven Pinker, un chercheur en sciences cognitives d’Harvard, dans un article récent de Time magazine intitulé « Le mystère de la conscience » (19 janvier 2007). À propos des deux problèmes centraux auxquels les scientifiques sont confrontés, il écrit :

Bien qu’aucun des deux problèmes n’ait été résolu, les neuroscientifiques
s’accordent sur plusieurs de leurs caractéristiques, et celle qu’ils trouvent la
moins sujette à controverse est aussi celle que la plupart des non-spécialistes
trouvent la plus choquante. Francis Crick l’appelle « l’hypothèse stupéfiante »
– l’idée que nos pensées, nos sensations, nos joies et nos peines sont
uniquement des processus physiologiques dansles tissus du cerveau. La conscience
ne réside pas dans une âme éthérée qui utiliserait le cerveau comme un assistant
numérique personnel (PDA) ; la conscience est l’activité même du cerveau.

Puisque Pinker reconnaît qu’aucun des problèmes concernant la conscience n’est soit résolu, soit près de l’être, comment peut-il être si sûr que la conscience est simplement « l’activité du cerveau », impliquant qu’il n’y a pas d’âme ?

Un aspect pratique du matérialisme de Pinker est que le moindre doute peut être étiqueté « non scientifique » par principe, ce qui interdit par avance toute discussion sur la plausibilité du matérialisme. Le matérialisme est sans aucun doute une croyance que beaucoup d’intellectuels ne songeraient même pas à remettre en question. Mais la force de leur conviction n’implique pas qu’il s’agisse d’une description juste de la réalité, ni n’apporte de preuve en sa faveur. On peut donc argumenter en faveur de la conception opposée, ainsi que ce livre va le démontrer.


Prochaine : 3. Les approches non-matérialistes ont clairement démontré leur intérêt dans le domaine de la santé mentale.

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Monday, August 25, 2008

3. Les approches non-matérialistes ont clairement démontré leur intérêt dans le domaine de la santé mentale.

Oui, ce livre – qui s’écarte de la tendance générale des livres de neurosciences destinés au grand public – remet en question le matérialisme. Bien plus que cela, il présente des données suggérant que le matérialisme n’est pas vrai. Vous verrez par vous-même que les preuves en faveur du matérialisme ne sont pas aussi solides que Steven Pinker voudrait vous le faire croire. Votre croyance dans le matérialisme ne pourrait subsister qu’en supposant – sur la base de la foi – que toute preuve du contraire qui vous est fournie doit être fausse.

Par exemple, ainsi que nous le verrons, un matérialiste croit volontiers – sans aucune preuve fiable d’aucune sorte – que les grands leaders spirituels souffrent d’épilepsie du lobe temporal droit, et non qu’ils vivent des expériences spirituelles éclairantes pour les autres autant qu’eux-mêmes. Quand la spiritualité est concernée, ces données d’expériences sont gênantes pour un matérialisme étroit. Ceci car un système comme le matérialisme est gravement altéré par toute preuve apportée contre lui. En conséquence, les observations qui résistent au matérialisme sont simplement ignorées par de nombreux scientifiques. Par exemple, les matérialistes mènent depuis des décennies une guerre d’usure contre la recherche sur les phénomènes psi (connaissance ou action à distance, comme la perception extrasensorielle : télépathie, précognition ou télékinésie), car la moindre preuve en faveur de la validité du psi, même mineure, est fatale à leur système idéologique. Récemment par exemple, des sceptiques autoproclamés ont attaqué le chercheur athée Sam Harris pour avoir avancé, dans son livre intitulé The End of Faith (La Fin de la Foi, 2004), que la recherche psi a une certaine validité.

Harris ne fait que s’appuyer sur des données, comme nous le verrons. Mais en faisant cela il viole ostensiblement un tenant important du matérialisme : l’idéologie matérialiste va à l’encontre de
certaines données.

Mais d’autres défis sont lancés au matérialisme. Les matérialistes sont tenus de penser que leurs esprits ne sont qu’une illusion créée par les mécanismes du cerveau, et par conséquent que le libre arbitre n’existe pas en réalité et ne peut donc exercer un contrôle sur le moindre trouble.
Mais les approches non-matérialistes ont clairement démontré leur intérêt dans le domaine de la santé mentale. En voici quelques exemples qui sont présentés dans ce livre.

• Jeffrey Schwartz, un neuropsychiatre non matérialiste de l’UCLA (université de Californie de Los Angeles), traite les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) – une maladie neuropsychiatrique caractérisée par des pensées pénibles, intrusives et non sollicitées – en amenant les patients à reprogrammer leur cerveau. Leurs esprits remodèlent donc leurs cerveaux. De la même façon, certains de mes collègues neuroscientifiques de l’université de Montréal et moi-même avons démontré, grâce aux techniques d’imagerie cérébrale, les éléments suivants :

• Les femmes et les jeunes filles peuvent exercer un contrôle volontaire sur l’intensité de leur réaction à des pensées tristes, bien que les jeunes filles aient eu plus de mal à y parvenir.

• Les hommes qui regardent des films érotiques sont tout à fait capables de contrôler leurs réactions, lorsqu’on leur demande de le faire.

• Les gens qui souffrent de phobies comme l’arachnophobie (peur des araignées) peuvent réorganiser leurs cerveaux de telle sorte qu’ils surmontent la peur.

Les preuves d’un contrôle de l’esprit sur le cerveau sont bel et bien contenues dans ces études. Le contrôle de « l’esprit sur la matière » est une réalité. Nous possédons le pouvoir de la volonté, une conscience et des émotions, et en combinant cela à un sens de la finalité et de la signification, nous pouvons engendrer le changement.

Il fut un temps où les explications matérialistes de la religion et de la spiritualité valaient au moins la peine d’être prises en considération. Par exemple, Sigmund Freud disait que les souvenirs infantiles d’une figure paternelle amenaient les personnes religieuses à croire en Dieu.L’explication de Freud n’a pas tenu car le christianisme est la seule grande religion qui insiste sur la paternité de Dieu. Bien que fausse, son idée n’était pas pour autant ridicule. Les relations avec le père, heureuses ou non, sont des expériences humaines complexes, qui comportent des analogies avec la religion. De même, l’anthropologue J.G. Frazer pensait que les religions modernes sont nées de cultes primitifs voués à la fertilité, qui ont été ensuite « spiritualisés ».

En réalité, les indices désignent plus précisément les expériences spirituelles comme la source des croyances et des rituels religieux qui sont apparus ensuite. Toutefois, l’idée de Frazer était loin d’être triviale. Elle résultait d’une étude longue et approfondie d’anciens systèmes de croyance. Mais les explications matérialistes de la religion et de la spiritualité sont récemment devenues hors de contrôle. Influencés par le préjugé matérialiste, les médias populaires se jettent sur les histoires de gène de la violence, gène de l’obésité, gène de la monogamie, gène de l’infidélité, et même désormais un gène de Dieu !

L’argument se présente ainsi : les psychologues évolutionnistes tentent d’expliquer la spiritualité humaine et la croyance en Dieu en suggérant que ceux parmi les hommes des cavernes qui croyaient en une réalité surnaturelle avaient plus de chances de transmettre leurs gènes que les autres. Les progrès en génétique et en neurosciences ont encouragé certains à rechercher très sérieusement un tel gène de Dieu, ou bien un point de Dieu, un module, un facteur, ou un « interrupteur » de Dieu dans le cerveau humain.

À l’époque où l’incroyable « casque de Dieu » (un casque de motoneige équipé de solénoïdes qui peuvent soi-disant stimuler les sujets pour vivre une expérience spirituelle), à Sudbury au Canada, a aimanté les journalistes scientifiques dans les années 1990 (la décennie du cerveau), le matérialisme s’apprêtait à franchir les limites du ridicule. Pourtant, ils continuent à rechercher un « interrupteur » de Dieu. Ces quelques digressions farfelues mises à part, on ne peut échapper au non-matérialisme de l’esprit humain. Par essence, il n’y a pas « d’interrupteur » de Dieu.

Ainsi que les études avec les soeurs carmélites l’ont démontré et que ce livre va le détailler, les expériences spirituelles sont complexes, tout comme nos expériences des relations humaines. Elles laissent des signatures dans de nombreux emplacements du cerveau. Ce fait est cohérent (bien que non démonstratif par lui-même) avec l’idée que la personne vivant une expérience spirituelle entre en contact avec une réalité extérieure à elle-même.

Il se trouve que le matérialisme est périmé. Il n’apporte aucune hypothèse utile pour comprendre l’esprit humain ou les expériences spirituelles, et il en est même très loin. Un peu au-delà se trouve un vaste domaine dans lequel le matérialisme ne peut entrer, et qu’il peut encore moins explorer. Mais la bonne nouvelle est qu’en l’absence de matérialisme, il existe des signes montrant que la spiritualité peut tout à fait être étudiée et explorée à l’aide des neurosciences modernes.

Les neurosciences non-matérialistes ne sont pas contraintes de rejeter, nier, justifier, ou de traiter comme des problèmes toutes les données qui contrarient le matérialisme. Cela est prometteur car les recherches actuelles viennent alimenter un corpus croissant de telles preuves. Trois exemples abordés dans ce livre sont : l’effet psi, les expériences de mort imminente (EMI ou NDE pour Near-Death Experiences), et l’effet placebo.

L’effet psi, tel qu’il est observé dans des phénomènes comme la perception extrasensorielle et la psychokinèse, est un effet de faible intensité, certes, mais les tentatives pour l’infirmer ont échoué. Les EMI sont également un thème de recherche plus présent ces dernières années, probablement parce que le développement de techniques de réanimation efficaces a permis la survie d’un plus grand nombre de personnes qui peuvent rapporter ces expériences. Grâce aux travaux de chercheurs tels que Pim van Lommel, Sam Parnia, Peter Fenwick et Bruce Greyson,
nous disposons désormais d’une base d’informations qui s’enrichit.

Les observations ne confirment pas une vision matérialiste de l’esprit et de la conscience, comme celle proposée par Pinker, qui a écrit dans Time : « Quand l’activité physiologique du cerveau cesse, tout ce que l’on peut dire est que la conscience de cette personne quitte l’existence. » La plupart d’entre nous n’ont pas vécu d’expériences inhabituelles comme l’effet psi ou une EMI, mais nous avons certainement tous déjà fait l’expérience de l’effet placebo : Ne vous est-il jamais arrivé d’aller chez un médecin pour faire établir un certificat médical disant que vous ne pouvez pas vous rendre au travail, à cause d’un mauvais rhume – et soudain, assis là dans la salle d’attente et feuilletant des magazines, vous commencez à vous sentir mieux ?

C’est une situation embarrassante, mais facile à expliquer : votre esprit génère des messages qui enclenchent les processus analgésiques ou de guérison dès lors que vous avez accepté d’entamer un chemin de guérison. Les neurosciences matérialistes ont longtemps considéré l’effet placebo comme étant un problème, mais c’est l’un des phénomènes les mieux démontrés en médecine. Pour les neurosciences non matérialistes au contraire, c’est un effet normal qui peut être d’un grand intérêt thérapeutique lorsqu’il est correctement utilisé.

Le matérialisme est semble-t-il incapable de répondre aux questions clés sur la nature de l’être humain et ses perspectives d’y répondre un jour de façon intelligible sont réduites. Il a toutefois convaincu des millions de personnes qu’elles ne devraient pas chercher à développer leur nature spirituelle puisqu’elles n’en ont aucune.

Certains pensent que la solution est de continuer à soutenir le matérialisme un peu plus fermement que par le passé. Ces dernières années, d’importants porte-paroles du matérialisme ont lancé une croisade « anti-Dieu » largement médiatisée et quelque peu étrange.

Les travaux antithéistes tels que Breaking the Spell : Religion as a Natural Phenomenon (Briser le sort : la religion comme phénomène naturel, Daniel Dennett), The God Delusion, (L’Illusion de Dieu, Richard Dawkins), The Failed Hypothesis – How Science Shows that God Does Not
Exist, (La Fausse Hypothèse – comment la science montre que Dieu n’existe pas, Victor J. Stenger), God Is Not Great (Dieu n’est pas Grand, Christopher Hitchens), et Letters to a Christian Nation (Lettres à une nation chrétienne, Sam Harris) – aucun de ces ouvrages n’est pour l’instant disponible en français –, s’accompagnent de conférences telles qu’ « Au-delà de la croyance » du réseau Science Network, et de campagnes comme le «Youtube blasphemy challenge » (Le Défi du blasphème sur le site internet Youtube).

Il est remarquable de constater qu’il n’y a pas une seule idée nouvelle dans tout ce que ces gens ont à dire. Les philosophes du XVIIIe siècle l’avaient déjà dit avant eux avec autant, sinon moins, de succès. En outre, de récents travaux ont été assaisonnés de certaines propositions contestables de la psychologie évolutionniste – cette tentative de faire dériver la religion et la spiritualité de pratiques pouvant avoir permis à quelques-uns de nos ancêtres du pléistocène de transmettre leurs gènes.

Mais nos ancêtres du pléistocène sont morts depuis si longtemps que l’on ne peut apprendre grand-chose d’une discipline à laquelle il manque un sujet d’étude. On nous donne également de multiples garanties concernant la nature illusoire du cerveau, de la conscience, du libre arbitre, et l’inutilité voire le danger de la spiritualité.

Prochaine : 4. Comment pouvons-nous étudier scientifiquement la spiritualité ?

Note: The English language version starts here.

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4. Comment pouvons-nous étudier scientifiquement la spiritualité ?

Une poignée d’experts de la moitié du XXe siècle avaient prédit que la spiritualité allait disparaître lentement mais sûrement. Une fois équipés de biens matériels en abondance, les hommes allaient simplement arrêter de penser à Dieu. Mais ces experts avaient tort. La spiritualité est aujourd’hui plus diversifiée, mais elle croît partout dans le monde. Ainsi, sa vitalité constante provoque spéculations, craintes, et quelques estimations hasardeuses – mais surtout, une irrésistible curiosité, un désir de chercher.

Comment pouvons-nous étudier scientifiquement la spiritualité ? Pour commencer, nous pouvons redécouvrir notre héritage non-matérialiste. Il a toujours été là, bien que largement ignoré. Des neuroscientifiques aussi connus que Charles Sherrington, Wilder Penfield et John Eccles n’étaient pas des matérialistes réductionnistes et ils avaient de bonnes raisons pour défendre leurs positions. Aujourd’hui, les neurosciences non-matérialistes prospèrent, en dépit des limitations imposées par un malentendu largement répandu et, dans certains cas, une vraie hostilité.

Le lecteur est invité à aborder toutes les questions et les données qui sont présentées dans ce livre avec un esprit ouvert. Nous avons besoin d’explorer et non d’adhérer à un dogme.

Notre livre va établir trois propositions clés. L’approche non matérialiste de l’esprit humain est une tradition riche et vivace qui rend bien mieux compte des observations que l’approche matérialiste, qui fait aujourd’hui du sur-place. En second lieu, les approches non-matérialistes de l’esprit engendrent des bienfaits pratiques et des traitements, de même que d’autres approches de phénomènes qui ne sont même pas pris en considération par l’approche matérialiste.

Enfin – et c’est peut-être l’aspect le plus important pour beaucoup de lecteurs – notre livre montre que lorsque les expériences spirituelles transforment les vies, l’explication la plus raisonnable et celle qui rend le mieux compte de toutes les données d’observations, est que les personnes qui vivent de telles expériences ont effectivement contacté une réalité extérieure à elles-mêmes, une réalité qui les a rapprochées de la véritable nature de l’univers.


Mario Beauregard
Montréal, Canada
Le 4 mars 2007

Prochaine : Du cerveau a Dieu : Introduction (en francais)

Note: The English language version starts here.

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